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05/04/2016

Malbosc - Le Mas Beau Soleil n’intriguera plus les passants, à sa place se construit un immeuble de 34 logements

Perdu au milieu des 2100 nouveaux logements de la ZAC, le « Mas Beau Soleil », surprenait toujours. Aujourd’hui, il n’est plus. « J’ai pris la mesure du temps qui passe et décidé de me séparer définitivement de ma maison familiale depuis 47 ans ». Jean Galindo le dit tranquillement et ajoute : « Je 2PETITMAS.jpgressens quand même un pincement au cœur et une certaine nostalgie que j’essaie d’oublier. Mais je garde précieusement une image en mémoire. Ce mas, seul sur le coteau comme un coquelicot au milieu d’un champ de blés dorés, et tout le monde le regarde ! » 

En 1949, il a 7 ans et découvre un mas de vignes bien rudimentaire lorsqu’il arrive sur la colline de Malbosc avec son père Marcos et sa mère Isabelle. Jusqu’alors ouvrier agricole, Marcos est enfin propriétaire. Il vient d’acquérir quelques arpents de vignes. Toute la famille, Jean avec ses frères Pierre, Rodrigue, Salvador, Marc et ses sœurs Rose et Lucie, trouve à se loger dans une grande bâtisse un peu plus bas, route de Grabels. Commencent alors de longues années laborieuses. Parents et enfants aménagent cette maison familiale, remettent en état ces terres, et valorisent ainsi leur premier patrimoine. 

Le petit mas des vignes transformé en maison familiale 

Après avoir hérité de son père, Jean décide de faire du petit mas sa résidence principale. En 1969, il s’y installe avec sa femme Claude et leur petit garçon Jean-Claude, puis son frère Thierry né en 70. Les premiers temps sont difficiles, il faut transformer ce mas en véritable habitation. « Tout est à faire revêtements sols, isolation, sanitaires, salle d’eau… » Et il faut aussi compter : « Au lieu d’aller au cinéma j’achetais des tuiles ou du ciment ! »


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La famille attendra quelques années pour disposer d’un confort relatif. Le plus indispensable reste l’approvisionnement en eau. Une citerne d’eau de pluie, et un puits alimentant une autre citerne y pourvoient. « L’été nous souffrons de manque d’eau pour les enfants ». Quelque trente ans plus tard la construction de la ZAC amène enfin l’eau courante au mas Beau Soleil ! Mais les enfants sont partis.

Au-delà de tout ce labeur seul compte pour Jean Galindo le souvenir de la vie familiale partagée avec ses parents, frères et sœurs ainsi qu’avec sa femme et ses enfants, faite de tant de bonheurs et de bien de soucis aussi. « J’ai d’ailleurs écrit quelques pages de cette enfance pour mes enfants et petits enfants. En l’écrivant m’est sans cesse revenu « La gloire de mon père » de Marcel Pagnol qui m’a fait tant rêver ».

A la veille de quitter sa maison, promise à la démolition pour laisser place à un immeuble, Jean a pris une dernière photo qui traduit parfaitement ses sentiments et légendée ainsi :

« Les feuilles de kaki comme des larmes sur la table et les chaises de jardin. »

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16/02/2015

Jardin Thérapeutique de l'APSH34 : planter des arbres pour soi et les autres aide à mieux vivre

La parcelle 37 des jardins familiaux de Malbosc a connu une animation intense tout ce mois de janvier. Une vingtaine de personnes ont régulièrement travaillé à la plantation d’arbres de l’opération « Plus d’arbres, plus de vie »*.

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En première ligne Ali, Hervé, Emmanuel, Claire, René, Luc…, cette dizaine de jeunes femmes et hommes se sont employés à préparer le sol, désherbé, planté, arrosé…. Auparavant ils avaient appris le maniement des outils pour travailler en équipe et en toute sécurité.

Toute l’équipe a mené à bien ce chantier, aidée par Olivier Vaux, concepteur du jardin, Sylvie Art et Anna Dupleix, animatrices, et Laetitia Vialatte, responsable animation de la plateforme Wallon Laîné de l’Association de personnes en situation de handicap 34. Ce jardin est conduit selon les principes de la permaculture (jardin sur buttes), sans utilisation de produits chimiques de synthèse.

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Ce projet de la parcelle 37 s’adresse à un public de personnes en situation de handicap psychique.  3JARDI.jpgLes initiateurs de ce jardin thérapeutique soulignent ses intérêts : « Comme celui de créer et maintenir du lien social grâce aux rencontres faites sur place et au sein du groupe. Et surtout il offre à ceux qui y travaillent un lieu où la souffrance et les angoisses peuvent passer en second plan derrière des plaisirs oubliés comme le parfum des fleurs, des plantes et les bruits de la nature ».

Lors de ces séances de jardinage Ali, Hervé, Emmanuel, Claire, René, Luc…, se sont appropriés des connaissances sur les légumes, les insectes et de leur rôle,  la notion de biodiversité, la découverte sensorielle des aromatiques… Ils ont aussi acquis un savoir faire de préparation du sol et de maniement des outils.  Lorsque le printemps viendra et que surgiront les premières pousses ce sera un vrai bonheur !

« Plus d’arbres, plus de vie ! » Lancée en 2011 par l’of-FEEE avec l’interprofession France Bois Forêt, Toyota France et les Editions Nathan, elle développesur des plantations pédagogiques avec tous types d’acteurs (collectivités territoriales, établissements scolaires, associations, etc.). Un geste symbolique et fédérateur pour transmettre aux générations futures la connaissance et le respect du patrimoine forestier et arboricole. Pour la 4ème édition, les Pépiniéristes Forestiers Français offrent 35 000 plants ! http://www.plusdarbres-plusdevie.org/

 

04/12/2013

Une exposition photos à la MpT donne à voir le quartier d’avant la ZAC Malbosc

L’exposition « Malbosc de 2003 à 2013 » réalisée par le Comité de quartier pour la Fête du 10e montpellier,zac,malbosc,marjane production,fontaines de malbosc,michel morelanniversaire de la ZAC en septembre est aujourd’hui à la Maison pour Tous. L’originalité de cette exposition repose surtout sur la contribution des habitants. Pour la réaliser Michel Morel, un des animateurs du comité de quartier, a effectué auprès d’eux un collectage de photos et de documents avec lesquels il a composé une vingtaine de panneaux thématiques.

Le public découvre ainsi le Malbosc d’avant la ZAC avec les photos de la famille de Jean Galindo et le mas isolé Beau Soleil, entouré aujourd’hui d’immeubles. On y voit aussi les saisons et ciels de Malbosc, le chantier, l’arrivée du tramway, les aléas d’un chantier avec la démolition des Fontaines de Malbosc ou l’insécurité de la rue qui dessert collège et lycée, le parc progressivement aménagé, les jardins familiaux et le jardin partagé…

Le regard des habitants sur leur lieu de vie 

Viennent ensuite les équipements successifs dont la Maison pour Tous et la crèche de la Petite Sirène, et aujourd’hui l’annonce du futur Bureau de Poste. D’autres photos révèlent comment le quartier prend vie avec les équipements, services et les animations du comité de quartier puis toutes les activités de la Maison pour Tous. 

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Johanna Schlesinger, directrice MpT, et Yvette Seghieri de Malbosc Bouge

présentent l'exposition du 10e anniversaire de la ZAC

Cette exposition a le grand mérite de donner une vue d’ensemble de cette ZAC qui est aujourd’hui un vrai quartier avec ses quelque 8000 habitants. On est bien loin d’une exposition institutionnelle avec des superbes agrandissements photos, non c’est tout simplement les photos du quotidien, le regard des résidents sur le lieu de vie et qui en dit la réalité. 

Un film sur la ZAC et des documents à consulter.

Le public peut feuilleter l’ensemble des articles publiés sur le quartier par Midi Libre, Montpellier notre ville et la Gazette de Montpellier. L’ensemble des dossiers transmis en 2013 aux services de la ville par de la commission « Entretien et dégradations » du comité de quartier qui veille à la qualité environnementale du quartier est à sa disposition. Il peut aussi visionner le documentaire « La ville autrement »diffusé par Marjane Production La ZAC de Malbosc est au centre de ce film où des habitants disent comment ils vivent leur ZAC et l’architecte comment il l’a conçue. Ce film donne « une image singulière de l’urbanisme de demain ».

Exposition « Malbosc de 2003 à 2013 » jusqu’au vendredi 6 décembre, Maison pour Tous Rosa Lee Parks, du lundi au vendredi de 9h à 12h30 et de 14h à 19h. Tram ligne 1 station Malbosc.

14/09/2013

Le paysage et le travail de la vigne d’avant la ZAC de Malbosc : les souvenirs de Jean Galindo

Le témoignage d’anciens, dont celui de Jean Galindo, qu’il vient d’écrire pour sa famille nous permet de connaître de ce qu'était encore la campagne de Montpellier. Sa famille s’installe à Malbosc en 1949 au Clos Saint Roch, route de Grabels et dans un petit mas, aujourd’hui Mas Beau Soleil, sur la colline.

L’enfant de 7 ans d'alors est subjugué par le paysage. « Le soleil couchant étalait une gaze rose sur la ville de Montpellier et à l’horizon le liserai d’argent de la mer séparait les tours de la cathédrale Saint  Pierre du ciel bleu uniforme… Le soleil doucement glissait derrière la colline pour se coucher dans le thym, le fenouil et la menthe sauvage de la garrigue du domaine de La Paillade ». Les éoliennes, aujourd’hui disparues, l’intriguent. Celle du château d’Alco, puis du château d’Endoque et bien d’autres par la suite attirent son attention : « Pour mes yeux d’enfant elles avaient un intérêt plus ludique que pratique ». En fait elles activaient les pompes à eau des grandes propriétés viticoles. 

 

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Présentation des raisins des nouvelles vendanges 1952 au Clos St Roch de la famille Galindo (de gauche à droite) : Lucie, les parents Isabelle et Marcos, et Rose

 

Les coupeurs de grappes et porteurs de comportes*

Les petites propriétés disposaient simplement de puits pour récupérer les eaux d’infiltration, et de citernes rudimentaires mais insuffisantes, en particulier l’été où l’eau était indispensable au sulfatage des vignes. « Mon père équipait alors la charrette d’un tonneau de cinq cents  litres et se dirigeait avec son mulet vers l’aqueduc Saint Clément, chemin de La Valsière. Il suffisait alors d’actionner le robinet de puisage positionné au dessus de l’arcade de l’aqueduc pour obtenir l’eau tant désirée ».

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Pierre Galindo transportait le raisin jusqu’au tombereau dans un « banastou« métallique d'un poids de 60 kg, parfois plus (1955).

Au terme de l’été venait le temps des vendanges. « Les coupeurs de grappes devaient jeter le raisin coupé par le sécateur ou la serpette dans le seau et le videur de seaux verser le raisin dans la comporte. Une fois pleine et bien “quichée“(avec une masse en bois) elle était transportée jusqu’à la charrette par deux porteurs munis de “cémaillets“ longs bâtons de bois dont l’ensemble pourrait faire penser à une civière avec son occupant ». Le cheval « Papillon » tractait ensuite la charrette pour les allers et retours entre les vignes et la cave coopérative vinicole de Celleneuve…

 *Comportes en bois étaient préalablement hydratées par des arrosages contrôlés et les cerceaux en fers ajustés pour leur étanchéité.

15/03/2013

Malbosc – Avant la ZAC il fut sur ces terres un temps pour les oliviers, le blé et la vigne

Ces 2 photos de Malbosc, prises sous le même angle à la hauteur du 1000 de l’avenue Hémingway (ex route de Grabels), disent  beaucoup de la transformation du quartier. Le paysage urbain de l’une laisse deviner aisément la vie du Malbosc d’aujourd’hui avec son tramway, ses immeubles, services et équipements. L’autre, avec au premier plan une moissonneuse batteuse en action (probablement dans les années 1990), donne à voir toute la perspective de la colline jusqu’au bosquet de pins sur le plateau. Cette photo révèle le labeur des hommes qui ont travaillé cette terre les vignes sur le plateau et les coteaux et les oliviers qui ne se remettront jamais de la froidure de l’hiver 1954/55.

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Moissonneuse en action il y a une vingtaine d'années (probablement 1990)

La rue de Malbosc se profile en haut sur la droite de la photo

Les premiers des 7000 habitants de Malbosc ont emménagé l’été 2003. Aujourd’hui cette ZAC compte 2300 logements et se termine, la ZAC du Coteau (un temps nommée Malbosc 2) se profilera bientôt dans sa continuité  avec quelque 1300 logements.  Ils seront construits pour partie sur le plateau, à gauche de la rue de Malbosc, puis sur les terrains qui jouxtent le Lycée Jean Monnet. Cette nouvelle urbanisation fera la jonction avec la ZAC des Pierres vives. Le parc Malbosc reste bien évidemment préservé.

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La ZAC de Malbosc aujourd'hui vue sous le même angle

Les élus, urbanistes et architectes tirent un dernier trait sur le Malbosc d’avant ces trois ZAC. Cette urbanisation efface le paysage façonné par des hommes et des femmes, ouvriers agricoles des domaines ou propriétaires de petites parcelles qui ont travaillé cette terre, et contribue ainsi au grand oubli de leur labeur.

03/12/2012

Malbosc – La vie d’avant la ZAC : les affres de Jean Galindo, petit collégien il y a quelque 60 ans.

Dans sa chronique de sa vie familiale d’avant la ZAC de Malbosc, Jean Galindo nous dit les affres du petit collégien, le seul de ses 6 frères et sœurs, qui n’ignore rien des soucis financiers induits par sa scolarité : coût du transport, de la cantine et l’achat des fournitures. Dans une nouvelle intitulée « Le compas de précision » il nous conte par le menu comment il se débrouille pour acheter ce matériel hors de prix pour sa bourse, et sur lequel il va veiller jalousement. jean galindo,zac malbosc

Collégien, Jean se doit de participer aux travaux de l'exploitation familiale

 

« Témoignages du Malbosc d’hier et d’aujourd’hui »

 Les souvenirs d’enfance de Jean Galindo s’inscrivent dans la rubrique : « Témoignages du Malbosc d’hier et d’aujour’hui » du blog Midi libre Malbosc-Euromédecine où ils sont publiés dans leur intégralité.

 Le compas de précision

Les affres du petit collégien qui n’ignore rien des soucis financiers induits par sa scolarité : coût du transport, de la cantine et l’achat des fournitures dont un compas de précision. Jean conte par le menu comment il se débrouille pour acheter ce matériel, hors de prix pour sa bourse, et sur lequel il va veiller jalousement.

Je venais d’avoir douze ans, mon examen de passage en classe de sixième était passé avec succès et après les vacances à la maison que l’on pouvait considérer  vacances à la campagne où les activités ne me manquaient pas grâce à mon moniteur paternel, les vendanges passées je prenais le chemin de l’école mais à la différence de l’écolier de la petite école je me sentais devenu étudiant montpelliérain, j’étais fier avec mes trois stylo bille de couleur visibles dans la pochette de ma veste. Pour me rendre à mon école nommée Cours complémentaire Cambon rue Méditerranée il fallait traverser toute la ville et même si je me sentais déjà étudiant, je n’étais qu’un enfant à qui la famille avait pris le risque de l’envoyer en ville inconnue.

Un autobus des Courriers du Midi passait devant la maison suffisamment tôt le matin pour arriver en classe à l’heure, il me prenait au passage et s’arrêtait devant le Café des Autobus sur le cours Gambetta, de là je partais en courant vers l’école .Pour le retour, il y avait problème, j’avais juste le temps après la sonnerie de sortie d’école d’arriver avant le départ de l’autobus ,ça ce jouait à une ou deux minutes. Malgré ma course à pied, il m’arrivait d’arriver  trop tard surtout quand le professeur nous donnait les exercices à faire après la sonnerie. L’abonnement de transport devenu trop cher pour le nombre de voyages effectués, le trésorier général de famille décidait de m’acheter un vélo cyclo d’occasion ainsi le problème de transport était résolu mais je faisais les allers et retours  avec les risques de la circulation. Malgré le cout raisonnable du vélo c’était un investissement  et là-dessus s’ajoutait le prix de la cantine. Malgré la gratuité des livres il fallait acheter les cahiers, les papiers à dessiner Canson et crayons, stylos encre, plumes à palette pour tube d’encre de chine tout cela représentait un supplément d’argent à sortir du porte monnaie de ma mère. Il était donc bien normal de participer aux travaux de la maison en reconnaissance.

Parmi toutes ces fournitures, voilà que Monsieur Pla notre professeur de mathématiques nous demandait pour les exercices de géométrie d’avoir un compas de précision ! Problème ! Je n’osais pas demander à mon père de l’argent car il payait déjà assez cher le vélo et la cantine, je n’osais pas demander de l’argent à ma mère car l’argent pour les fournitures lui avaient fait un trou pour l’alimentation ! Le compas de précision coutait très cher ! Alors je m’adressais à mes frères qui, je savais, avaient de quoi acheter leurs cigarettes donc pouvaient me donner de l’argent pour acheter le compas de précision. Je faisais la quête et j’arrivais péniblement au prix du précieux instrument. Dans la librairie papèterie voisine de l’école je choisissais un compas métallique chromé qui sur l’extrémité d’une branche il y avait une aiguille qui pouvait pivoter et sur l’autre branche l’extrémité était équipée d’une mine de crayon serrée par un petit écrou et à son opposé une plume spéciale comme le bec d’une cigogne qui par pivotement pouvait remplacer la mine de crayon et remplie d’encre de chine pouvait laisser un trait régulier plus ou moins épais suivant que l’on écartait ou resserrait le bec par l’intermédiaire d’un molette. Je négociais le prix mais, mes arguments n’avaient pas attendri  la vendeuse et je payais au prix affiché. Délicatement je glissais le précieux instrument dans ma trousse bien serré par les lanières de cuir. 

Monsieur Blanc

Heureux d’avoir acquis le compas de précision digne de la qualité de montre suisse je m’apprêtais à dessiner les deux cercles avec ses deux tangentes qui à mes yeux représentaient le mécanisme de transmission de ma bicyclette. En attendant le cours de géométrie mon précieux instrument reposait dans la trousse. En cours d’espagnol j’avais une gentille dame d’une cinquantaine d’années dont le physique n’allait pas en parallèle avec sa gentillesse mais je l’appréciais beaucoup, ses cheveux blancs entouraient un visage très pâle et lorsque la classe était un peu bruyante il suffisait qu’elle demande le calme pour que le silence se fasse. C’était Madame Blanc, son mari Monsieur Blanc avait une autre classe dans cette école. Un jour Madame Blanc s’absentait et Monsieur Blanc la remplaçait non pas pour nous faire le cours d’espagnol mais uniquement pour nous garder. Monsieur Blanc était un homme toujours bien habillé avec un costume gris clair, chemise et cravate assortis, chaussures bien cirées, il marchait d’un pas lent et mesuré, son visage doux avec une barbe courte blanchissante ses yeux clairs nous attendrissaient.

Au début de l’heure du cours supprimé nous étions des enfants sages mais le temps passant l’agitation petit à petit grandissait, Monsieur Blanc tolérait cette agitation mais quand on est adolescent on cherche à mesurer les adultes, quelques uns parmi nous s’y employaient et rapidement la classe était devenue chahut. Monsieur Blanc malgré ses chut successifs était dépassé dans son autorité. Mon voisin de bureau, un blondinet à l’apparence tranquille poussait du revers de sa main ma trousse contenant mon précieux compas qui tombait au sol. Dans mon esprit, la volonté de me nuire était évidente, je m’imaginais l’objet de tant de mal à obtenir, brisé comme une montre qui ne pourrait plus jamais fonctionner. La vengeance s’imposait !  Œil  pour œil dent pour dent ! Je saisissais sa règle plate millimétrée de cinquante centimètres et comme un sarment de vigne je la pliais de toutes mes forces pour la briser. Ma volonté fut faite. Un claquement bruyant comme celui d’une arme à feu surpris toute la classe qui fit silence instantanément. En deux enjambées Monsieur Blanc était sur nous. Qui a fait ça ? dit –il, c’est lui dit aussitôt mon voisin avec les yeux larmoyants, c’est moi Monsieur, avec dans chaque main un bout de bois,  ma culpabilité était évidente. Ma joue gauche aussitôt recevait la sentence de sa main osseuse sans autre forme de procès, mes oreilles faillirent se détacher. En guise de soumission j’essayais de faire couler deux larmes de mes yeux. On n’est pas dans la jungle, s’empressait de crier Monsieur Blanc pour se justifier. Ce visage si doux de caprin s’était transformé en féroce animal rugissant. Les yeux baissés je ramassais ma trousse, je m’asseyais à mon bureau, l’ombre de Monsieur Blanc avait disparue, le calme absolu régnait dans la classe, j’ouvrais ma trousse, mon compas était là bien serré dans ses lanières de cuir, brillant comme un bijou. Je comprenais la colère de Monsieur Blanc qui s’était fait dépasser par les évènements mais j’étais sur qu’il n’avait pas compris la mienne. Rentré à la maison je ne soufflais mot à personne surtout pas à mon père qui aurait tôt fait de régler la situation même en patois avec le directeur et mon avenir scolaire se serait arrêté là.

Quelques mois plus tard  toute la classe se trouvait au temple, Monsieur Blanc, tête baissée, le dos vouté, ému par notre présence et la douleur se trouvait devant le cercueil de sa femme, en ces instants la tristesse et la compassion s’étaient emparées de moi et la gifle méritée s’était estompée en une petite tape.

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12/08/2012

Malbosc – Jean Galindo raconte ici l’été au Clos Saint Roch : sa première colonie de vacances, un dimanche, le seul, à la plage avec ses parents et le travail des vignes

Rubrique « Témoignages du Malbosc d’hier et aujourd’hui »

« Pendant la période de l’école primaire nous avions les visites des médecins dentistes et ayant constaté quelques caries dentaires j’avais droit aux soins gratuits à l’hôpital saint Charles et la visite du médecin généraliste se passait au mois de Mai, parfois en baissant la culotte de l’élève le médecin plaisantait avec son assistante, disant : c’est pas du muguet que tu as sur ta culotte ! La visite médicale permettait à quelques enfants de profiter de colonies de vacances à la mer, au mois de juillet ou août, j’étais de ceux là et pendant un mois je profitais des bains de mer sous le soleil de Valras Plage prés de Béziers.

Jeancoloniedevacances.jpgJean à 9 ans en colonie de vacances à Valras-Plage en 1951

Nous logions dans des baraquements en bois posés sur des plots en bétons, les fenêtres grillagées de moustiquaires laissaient passer l’air frais du matin ce qui m’avait provoqué une belle angine et extinction de voix le tout soigné avec du bleu de Mytilène, le petit déjeuner composé de chocolat au lait ou chicorée au lait étaient accompagnés d’une tartine de pain et d’un copeau de beurre, le déjeuner un peu plus consistant nous paressait toujours insuffisants pour nos jeunes estomacs et le soir c’était la soupe aux légumes toujours trop chaude qui, un jour avait accidentellement était versée sur le dos d’un copain qui avait poussé un grand cri de douleur après quoi nous n’avons eu plus de soupe.

Après la sieste obligatoire et silencieuse nous sortions sur le sable à l’ombre des baraquements et nous jouions aux osselets. La baignade surveillée de près ne durait que très peu de temps à notre sens et nous creusions le sable à la recherche de l’eau. Les promenades sur le bord de la page nous obligeaient de passer pieds nus dans des marécages noirs et gluants où les crabes nous faisaient craindre les pincements. Le soir sous les étoiles, le moniteur nous amenait sur la plage et nous racontait des histoires que nous écoutions avec grande attention, il nous laissait toujours en attente du dénouement car le lendemain l’histoire continuait et notre attention était aussi présente.

Je me trouvais bien, le temps passait rapidement et un jour mes parents sont venus me voir, c’était l’occasion de faire un repas au restaurant et de leur raconter mes activités de colon.

Les vacances ne se passaient pas toujours en colonie, Juillet et Aout étaient des mois propices à la remise en état du sol de la vigne achetée en mauvais montpellier,malbosc,famille galindo,palavas,colonie de vacances,valras plageétat, la terre que mes frères Salvador et Marc avaient commencé à travailler. Ils n’étaient pas arrivés à supprimer le chiendent qui avec ses rhizomes clavait le sol et empêchait les racines de la vigne de se développer. Les premières années, l’araire tiré par le mulet soulevait le chiendent en gros paquets et il était de mon devoir de séparer les rhizomes de la motte de terre puis je devais en faire des tas pour ensuite les évacuer sur la rase du terrain en attente d’être brulés en hiver, la sécheresse du sol et le soleil arrivaient petit à petit à nettoyer la vigne. Ce travail apparemment facile ne me passionnait pas car le soleil de la vigne n’était pas le même que celui de la plage, il faisait trop chaud et pas assez de copains même si mon père et le mulet étaient de bons compagnons aux allers et retours incessants."


Un dimanche à Palavas

"Un dimanche mes parents décidaient d’aller à la mer, alors c’était toute une expédition, nous devions prendre le repas qui se composait surtout de tomates, œufs durs, sardines à l’huile en boîte, fruits et la pastèque à chair rouge et gros pépins noirs en dessert, pour se mettre un peu à l’ombre mon père avait récupéré une bâche.

Nous partions par la route de Grabels à pied en direction de Montpellier vers sept heures et nous prenions le petit train de Palavas deux heures après. Il fallait une bonne heure au petit train pour faire le trajet Montpellier Palavas les flots. Nous avions tout notre temps pour regarder le paysage mais à genoux sur le banc en bois et le front appuyé sur la vitre de la fenêtre. La fumée venait de temps en temps envelopper les quelques arbres ou les joncs qui habillent notre fleuve local, le Lez et en arrivant dans la gare de Lattes la locomotive faisait un plein d’eau se désintéressant des voyageurs impatients. Une odeur particulière de mer venait caresser nos narines, le wagon s’ébranlait puis suivait le canal et pénétrait entre quelques maisons basses puis s’arrêtait, la locomotive poussait son dernier souffle en crachant un jet de vapeur, nous étions arrivés.

Il fallait se diriger toujours à pied vers la mer et chargés de la bâche et du panier mes parents m’entrainaient vers la grande croix en fer plantée non loin du sémaphore indiquant l’entrée du canal pour les pêcheurs et la sortie de l’eau du Lez. Nous rentrions sur la plage, je sentais sous mes pieds le sable chaud qui glissait et j’avais une légère difficulté à tenir debout, arrivés contre la jetée mon père fixait la bâche et pressé de me mettre à l’eau je me mettais en maillot mais l’autorisation de la baignade se faisait attendre. Enfin pour la première fois je voyais mon père en petite tenue s’avancer dans l’eau et il se jetait l’eau sur son buste en se frottant. J’allais vers les vagues et je m’essayais à nager sans boire la tasse. Ma mère sur le bord de l’eau me surveillait elle avait relevé sa robe noire au dessus des genoux et se laissait mouiller les pieds suivant la hauteur des vagues qui venaient se faire absorber par le sable. Le repas de midi avalé avec un peu de sable dans les aliments, mes parents restaient sous la bâche tandis que je me plaçais contre le mur dans la bande d’ombre et je remarquais une autre croix couchée sur la plage qui s’allongeait au fil du temps.

Vers quatre heures les affaires étaient remballées et le petit train nous récupérait pour le chemin inverse du matin, trop fatigué pour rentrer à pied de Montpellier à la maison, mon père négociait le prix du voyage en taxi. Tous les taxis étaient stationnés sur la rue Maguelone prés du petit jardin face à la gare SNCF. Le retour en voiture nous soulageait et nous permettait d’arriver de bonne heure pour retrouver mulet et basse cour. Je me souviens de ce voyage à la mer car il n’y en a pas eu d’autres par la suite, les dimanches de mes parents ressemblaient aux autres jours, les soins apportés au mulet et aux animaux étaient indispensables, mon père se permettait une petite sieste, ma mère après avoir récupéré le linge de toute la famille le rangeait pour la grande lessive." »

Témoignages du Malbosc d’hier et d’aujourd’hui

- 1 - Chronique familiale, souvenirs d'enfance de Jean Galindo.

- 2 - Malbosc, mes premiers pas dans la campagne .Eté 1949

- 3 - Malbosc, ainsi va la vie au Clos Saint Roch...

- 4 - Alors que se profile le départ des 4 aînés du nid familial,...