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29/12/2014

Malbosc – "Ce que je sais, et qui me réjouis, c’est l’histoire de ces lieux"

Le quartier où j’habite est perché, regardant en bas les arbres qui l’enserrent, le tram qui le longe, les larges perspectives des maisons hautes et basses colorées et ouvertes. Là  des pins maritimes, quelques platanes, des chênes verts et le plumeau de jeunes palmiers au détour d’un chemin. De jardins en terrasse, en balcons encombrés, on voit des plantes accrochées aux murs, d’autres basculant par-dessus les rambardes. Plus haut, de larges étendues d’herbes sauvages, où poussent des balançoires berçant les enfants excités.

Le quartier, où il habitait il y a 1.500 ans, était perché, regardant en bas les arbres d’un petit bois, et la rivière au loin qui parfois débordait. Il avait 10 ans alors, et avec plusieurs familles cultivait sur le plateau et sur les pentes le blé et la vigne du maitre Aurelius. Le blé était précieux car il était vendu à Rome comme l’avait fait son grand-père et son arrière-grand-père ! Quant à la vigne, c’était une habitude ici depuis des siècles, tous les ans des hommes et des femmes venaient de toute la Narbonnaise, pour fouler le raisin en chantant, certains même s’accompagnant à la flute. 

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Dans le quartier il est des jardins petits et mystérieux, en bordure de colline, chacun explorant les saisons à sa manière. Là des arbres fruitiers, là des carrés de légumes alignés comme à la  revue ; ailleurs s’impose le désordre où explose-les plantes aromatiques, les fleurs sauvages, et les escargots. Si près de la ville, si près de la campagne, on ne sait de quel côté le quartier balance.

Dans le quartier où il habitait, il accompagnait parfois son père à la ville, ils prenaient le lourd chariot en bois, suivaient les sentiers puis la voie romaine ;  et si la vente avait été bonne, s’arrêtaient à Ambrussum. Là les thermes appréciés de tous les  attendaient, sans oublier les marchands autour de l’entrée, avec leurs produits venus de loin ; ça les  faisait rêver…. Car sa vie était simple et dure, il était trop pauvre pour aller à l’école, mais  savait faire plein de choses : s’occuper des bêtes, conduire le chariot quand il était peu chargé, fabriquer de jolis paniers, et même tisser parfois comme le faisait si bien sa mère. A 12 ans son père l’aurait peut-être emmené à Nîmes, aux arènes, il y aurait vu des bêtes terribles et des gladiateurs ; il aimait bien voir le monde et les cris, car là où il habitait c’était toujours pareil !

Dans le quartier il y a des sentiers bordés de ronces et des mures noires et juteuses. La nuit, lors de certaines fêtes, les arbres ressemblent à des lampions, les chemins sont soulignés de guirlandes lumineuses, on marche dans la lumière ; et j’ai vu certain soir sur la place, un piano jouer tout seul…C’est la fête de la nuit, au milieu de la musique et l’odeur chaude des crêpes. Dans ce quartier où je suis depuis si peu de temps, je ne connais pas encore les gens qui m’entourent ; leurs sourires, ou leurs regards m’incitent à aller plus loin dans ma découverte.

Mais ce que je sais, et qui me réjouis, c’est l’histoire de ces lieux. Il y a quelques temps on a découvert en fouillant profondément la terre alentour, une nécropole de plus de vingt tombes dont neuf enfants, et parmi eux celle d’un enfant de douze ans. J’ai beaucoup pensé à lui, à ses rêves, ses occupations ; que faisait-il ? Que voyait-il ? De quoi est-il mort ? Des nombreuses maladies qui en ce temps-là éliminaient les enfants ? D’un accident ? Tout est question sans réponse,… mais ce quartier était son quartier, et il est toujours le sien car il ne l’a pas quitté.

Michelle Joly

Récit mêlant réalité, souvenir ou fiction, extrait du recueil "C'est notre quartier" atelier "Ecrits d'ô" de Malbosc Bouge.

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