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03/12/2012

Malbosc – La vie d’avant la ZAC : les affres de Jean Galindo, petit collégien il y a quelque 60 ans.

Dans sa chronique de sa vie familiale d’avant la ZAC de Malbosc, Jean Galindo nous dit les affres du petit collégien, le seul de ses 6 frères et sœurs, qui n’ignore rien des soucis financiers induits par sa scolarité : coût du transport, de la cantine et l’achat des fournitures. Dans une nouvelle intitulée « Le compas de précision » il nous conte par le menu comment il se débrouille pour acheter ce matériel hors de prix pour sa bourse, et sur lequel il va veiller jalousement. jean galindo,zac malbosc

Collégien, Jean se doit de participer aux travaux de l'exploitation familiale

 

« Témoignages du Malbosc d’hier et d’aujourd’hui »

 Les souvenirs d’enfance de Jean Galindo s’inscrivent dans la rubrique : « Témoignages du Malbosc d’hier et d’aujour’hui » du blog Midi libre Malbosc-Euromédecine où ils sont publiés dans leur intégralité.

 Le compas de précision

Les affres du petit collégien qui n’ignore rien des soucis financiers induits par sa scolarité : coût du transport, de la cantine et l’achat des fournitures dont un compas de précision. Jean conte par le menu comment il se débrouille pour acheter ce matériel, hors de prix pour sa bourse, et sur lequel il va veiller jalousement.

Je venais d’avoir douze ans, mon examen de passage en classe de sixième était passé avec succès et après les vacances à la maison que l’on pouvait considérer  vacances à la campagne où les activités ne me manquaient pas grâce à mon moniteur paternel, les vendanges passées je prenais le chemin de l’école mais à la différence de l’écolier de la petite école je me sentais devenu étudiant montpelliérain, j’étais fier avec mes trois stylo bille de couleur visibles dans la pochette de ma veste. Pour me rendre à mon école nommée Cours complémentaire Cambon rue Méditerranée il fallait traverser toute la ville et même si je me sentais déjà étudiant, je n’étais qu’un enfant à qui la famille avait pris le risque de l’envoyer en ville inconnue.

Un autobus des Courriers du Midi passait devant la maison suffisamment tôt le matin pour arriver en classe à l’heure, il me prenait au passage et s’arrêtait devant le Café des Autobus sur le cours Gambetta, de là je partais en courant vers l’école .Pour le retour, il y avait problème, j’avais juste le temps après la sonnerie de sortie d’école d’arriver avant le départ de l’autobus ,ça ce jouait à une ou deux minutes. Malgré ma course à pied, il m’arrivait d’arriver  trop tard surtout quand le professeur nous donnait les exercices à faire après la sonnerie. L’abonnement de transport devenu trop cher pour le nombre de voyages effectués, le trésorier général de famille décidait de m’acheter un vélo cyclo d’occasion ainsi le problème de transport était résolu mais je faisais les allers et retours  avec les risques de la circulation. Malgré le cout raisonnable du vélo c’était un investissement  et là-dessus s’ajoutait le prix de la cantine. Malgré la gratuité des livres il fallait acheter les cahiers, les papiers à dessiner Canson et crayons, stylos encre, plumes à palette pour tube d’encre de chine tout cela représentait un supplément d’argent à sortir du porte monnaie de ma mère. Il était donc bien normal de participer aux travaux de la maison en reconnaissance.

Parmi toutes ces fournitures, voilà que Monsieur Pla notre professeur de mathématiques nous demandait pour les exercices de géométrie d’avoir un compas de précision ! Problème ! Je n’osais pas demander à mon père de l’argent car il payait déjà assez cher le vélo et la cantine, je n’osais pas demander de l’argent à ma mère car l’argent pour les fournitures lui avaient fait un trou pour l’alimentation ! Le compas de précision coutait très cher ! Alors je m’adressais à mes frères qui, je savais, avaient de quoi acheter leurs cigarettes donc pouvaient me donner de l’argent pour acheter le compas de précision. Je faisais la quête et j’arrivais péniblement au prix du précieux instrument. Dans la librairie papèterie voisine de l’école je choisissais un compas métallique chromé qui sur l’extrémité d’une branche il y avait une aiguille qui pouvait pivoter et sur l’autre branche l’extrémité était équipée d’une mine de crayon serrée par un petit écrou et à son opposé une plume spéciale comme le bec d’une cigogne qui par pivotement pouvait remplacer la mine de crayon et remplie d’encre de chine pouvait laisser un trait régulier plus ou moins épais suivant que l’on écartait ou resserrait le bec par l’intermédiaire d’un molette. Je négociais le prix mais, mes arguments n’avaient pas attendri  la vendeuse et je payais au prix affiché. Délicatement je glissais le précieux instrument dans ma trousse bien serré par les lanières de cuir. 

Monsieur Blanc

Heureux d’avoir acquis le compas de précision digne de la qualité de montre suisse je m’apprêtais à dessiner les deux cercles avec ses deux tangentes qui à mes yeux représentaient le mécanisme de transmission de ma bicyclette. En attendant le cours de géométrie mon précieux instrument reposait dans la trousse. En cours d’espagnol j’avais une gentille dame d’une cinquantaine d’années dont le physique n’allait pas en parallèle avec sa gentillesse mais je l’appréciais beaucoup, ses cheveux blancs entouraient un visage très pâle et lorsque la classe était un peu bruyante il suffisait qu’elle demande le calme pour que le silence se fasse. C’était Madame Blanc, son mari Monsieur Blanc avait une autre classe dans cette école. Un jour Madame Blanc s’absentait et Monsieur Blanc la remplaçait non pas pour nous faire le cours d’espagnol mais uniquement pour nous garder. Monsieur Blanc était un homme toujours bien habillé avec un costume gris clair, chemise et cravate assortis, chaussures bien cirées, il marchait d’un pas lent et mesuré, son visage doux avec une barbe courte blanchissante ses yeux clairs nous attendrissaient.

Au début de l’heure du cours supprimé nous étions des enfants sages mais le temps passant l’agitation petit à petit grandissait, Monsieur Blanc tolérait cette agitation mais quand on est adolescent on cherche à mesurer les adultes, quelques uns parmi nous s’y employaient et rapidement la classe était devenue chahut. Monsieur Blanc malgré ses chut successifs était dépassé dans son autorité. Mon voisin de bureau, un blondinet à l’apparence tranquille poussait du revers de sa main ma trousse contenant mon précieux compas qui tombait au sol. Dans mon esprit, la volonté de me nuire était évidente, je m’imaginais l’objet de tant de mal à obtenir, brisé comme une montre qui ne pourrait plus jamais fonctionner. La vengeance s’imposait !  Œil  pour œil dent pour dent ! Je saisissais sa règle plate millimétrée de cinquante centimètres et comme un sarment de vigne je la pliais de toutes mes forces pour la briser. Ma volonté fut faite. Un claquement bruyant comme celui d’une arme à feu surpris toute la classe qui fit silence instantanément. En deux enjambées Monsieur Blanc était sur nous. Qui a fait ça ? dit –il, c’est lui dit aussitôt mon voisin avec les yeux larmoyants, c’est moi Monsieur, avec dans chaque main un bout de bois,  ma culpabilité était évidente. Ma joue gauche aussitôt recevait la sentence de sa main osseuse sans autre forme de procès, mes oreilles faillirent se détacher. En guise de soumission j’essayais de faire couler deux larmes de mes yeux. On n’est pas dans la jungle, s’empressait de crier Monsieur Blanc pour se justifier. Ce visage si doux de caprin s’était transformé en féroce animal rugissant. Les yeux baissés je ramassais ma trousse, je m’asseyais à mon bureau, l’ombre de Monsieur Blanc avait disparue, le calme absolu régnait dans la classe, j’ouvrais ma trousse, mon compas était là bien serré dans ses lanières de cuir, brillant comme un bijou. Je comprenais la colère de Monsieur Blanc qui s’était fait dépasser par les évènements mais j’étais sur qu’il n’avait pas compris la mienne. Rentré à la maison je ne soufflais mot à personne surtout pas à mon père qui aurait tôt fait de régler la situation même en patois avec le directeur et mon avenir scolaire se serait arrêté là.

Quelques mois plus tard  toute la classe se trouvait au temple, Monsieur Blanc, tête baissée, le dos vouté, ému par notre présence et la douleur se trouvait devant le cercueil de sa femme, en ces instants la tristesse et la compassion s’étaient emparées de moi et la gifle méritée s’était estompée en une petite tape.


Jean Galindo écrit ses souvenirs d'enfance qu'il donne à lire.

Jean vit dans toujours dans le mas familial paternel, préservé au sein des 2100 logements de la ZAC. Aujourd’hui, retraité et septuagénaire, il écrit ainsi une chronique familiale où le cocon familial, chaleureux et solidaire, atténue un quotidien de travail rude, difficile, mais plein d’espoirs. 12/02/2012

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A suivre prochainement. Le repas du dimanche. L’eau, source de vie au Clos Saint Roch. Les dernières vendanges.

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