12/08/2012
Malbosc – Jean Galindo raconte ici l’été au Clos Saint Roch : sa première colonie de vacances, un dimanche, le seul, à la plage avec ses parents et le travail des vignes
Rubrique « Témoignages du Malbosc d’hier et aujourd’hui »
« Pendant la période de l’école primaire nous avions les visites des médecins dentistes et ayant constaté quelques caries dentaires j’avais droit aux soins gratuits à l’hôpital saint Charles et la visite du médecin généraliste se passait au mois de Mai, parfois en baissant la culotte de l’élève le médecin plaisantait avec son assistante, disant : c’est pas du muguet que tu as sur ta culotte ! La visite médicale permettait à quelques enfants de profiter de colonies de vacances à la mer, au mois de juillet ou août, j’étais de ceux là et pendant un mois je profitais des bains de mer sous le soleil de Valras Plage prés de Béziers.
Jean à 9 ans en colonie de vacances à Valras-Plage en 1951
Nous logions dans des baraquements en bois posés sur des plots en bétons, les fenêtres grillagées de moustiquaires laissaient passer l’air frais du matin ce qui m’avait provoqué une belle angine et extinction de voix le tout soigné avec du bleu de Mytilène, le petit déjeuner composé de chocolat au lait ou chicorée au lait étaient accompagnés d’une tartine de pain et d’un copeau de beurre, le déjeuner un peu plus consistant nous paressait toujours insuffisants pour nos jeunes estomacs et le soir c’était la soupe aux légumes toujours trop chaude qui, un jour avait accidentellement était versée sur le dos d’un copain qui avait poussé un grand cri de douleur après quoi nous n’avons eu plus de soupe.
Après la sieste obligatoire et silencieuse nous sortions sur le sable à l’ombre des baraquements et nous jouions aux osselets. La baignade surveillée de près ne durait que très peu de temps à notre sens et nous creusions le sable à la recherche de l’eau. Les promenades sur le bord de la page nous obligeaient de passer pieds nus dans des marécages noirs et gluants où les crabes nous faisaient craindre les pincements. Le soir sous les étoiles, le moniteur nous amenait sur la plage et nous racontait des histoires que nous écoutions avec grande attention, il nous laissait toujours en attente du dénouement car le lendemain l’histoire continuait et notre attention était aussi présente.
Je me trouvais bien, le temps passait rapidement et un jour mes parents sont venus me voir, c’était l’occasion de faire un repas au restaurant et de leur raconter mes activités de colon.
Les vacances ne se passaient pas toujours en colonie, Juillet et Aout étaient des mois propices à la remise en état du sol de la vigne achetée en mauvais
état, la terre que mes frères Salvador et Marc avaient commencé à travailler. Ils n’étaient pas arrivés à supprimer le chiendent qui avec ses rhizomes clavait le sol et empêchait les racines de la vigne de se développer. Les premières années, l’araire tiré par le mulet soulevait le chiendent en gros paquets et il était de mon devoir de séparer les rhizomes de la motte de terre puis je devais en faire des tas pour ensuite les évacuer sur la rase du terrain en attente d’être brulés en hiver, la sécheresse du sol et le soleil arrivaient petit à petit à nettoyer la vigne. Ce travail apparemment facile ne me passionnait pas car le soleil de la vigne n’était pas le même que celui de la plage, il faisait trop chaud et pas assez de copains même si mon père et le mulet étaient de bons compagnons aux allers et retours incessants."
Un dimanche à Palavas
"Un dimanche mes parents décidaient d’aller à la mer, alors c’était toute une expédition, nous devions prendre le repas qui se composait surtout de tomates, œufs durs, sardines à l’huile en boîte, fruits et la pastèque à chair rouge et gros pépins noirs en dessert, pour se mettre un peu à l’ombre mon père avait récupéré une bâche.
Nous partions par la route de Grabels à pied en direction de Montpellier vers sept heures et nous prenions le petit train de Palavas deux heures après. Il fallait une bonne heure au petit train pour faire le trajet Montpellier Palavas les flots. Nous avions tout notre temps pour regarder le paysage mais à genoux sur le banc en bois et le front appuyé sur la vitre de la fenêtre. La fumée venait de temps en temps envelopper les quelques arbres ou les joncs qui habillent notre fleuve local, le Lez et en arrivant dans la gare de Lattes la locomotive faisait un plein d’eau se désintéressant des voyageurs impatients. Une odeur particulière de mer venait caresser nos narines, le wagon s’ébranlait puis suivait le canal et pénétrait entre quelques maisons basses puis s’arrêtait, la locomotive poussait son dernier souffle en crachant un jet de vapeur, nous étions arrivés.
Il fallait se diriger toujours à pied vers la mer et chargés de la bâche et du panier mes parents m’entrainaient vers la grande croix en fer plantée non loin du sémaphore indiquant l’entrée du canal pour les pêcheurs et la sortie de l’eau du Lez. Nous rentrions sur la plage, je sentais sous mes pieds le sable chaud qui glissait et j’avais une légère difficulté à tenir debout, arrivés contre la jetée mon père fixait la bâche et pressé de me mettre à l’eau je me mettais en maillot mais l’autorisation de la baignade se faisait attendre. Enfin pour la première fois je voyais mon père en petite tenue s’avancer dans l’eau et il se jetait l’eau sur son buste en se frottant. J’allais vers les vagues et je m’essayais à nager sans boire la tasse. Ma mère sur le bord de l’eau me surveillait elle avait relevé sa robe noire au dessus des genoux et se laissait mouiller les pieds suivant la hauteur des vagues qui venaient se faire absorber par le sable. Le repas de midi avalé avec un peu de sable dans les aliments, mes parents restaient sous la bâche tandis que je me plaçais contre le mur dans la bande d’ombre et je remarquais une autre croix couchée sur la plage qui s’allongeait au fil du temps.
Vers quatre heures les affaires étaient remballées et le petit train nous récupérait pour le chemin inverse du matin, trop fatigué pour rentrer à pied de Montpellier à la maison, mon père négociait le prix du voyage en taxi. Tous les taxis étaient stationnés sur la rue Maguelone prés du petit jardin face à la gare SNCF. Le retour en voiture nous soulageait et nous permettait d’arriver de bonne heure pour retrouver mulet et basse cour. Je me souviens de ce voyage à la mer car il n’y en a pas eu d’autres par la suite, les dimanches de mes parents ressemblaient aux autres jours, les soins apportés au mulet et aux animaux étaient indispensables, mon père se permettait une petite sieste, ma mère après avoir récupéré le linge de toute la famille le rangeait pour la grande lessive." »
Témoignages du Malbosc d’hier et d’aujourd’hui
- 1 - Chronique familiale, souvenirs d'enfance de Jean Galindo.
- 2 - Malbosc, mes premiers pas dans la campagne .Eté 1949
- 3 - Malbosc, ainsi va la vie au Clos Saint Roch...
- 4 - Alors que se profile le départ des 4 aînés du nid familial,...
08:05 Publié dans Famille, Nature/Environnement, Témoignages du Malbosc d'hier et d'aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : montpellier, malbosc, famille galindo, palavas, colonie de vacances, valras plage |
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